Du vidéoclip aux films de fiction : le parcours exaltant du producteur Paul Barbeau

CTVM.info — 14 septembre 2006 —Le producteur Paul Barbeau de NúFilms se trouve en ce moment au Festival International de Toronto. Il a d’ailleurs toutes les raisons d’y être puisqu’il a produit deux films qui sont présentés en première mondiale dans le cadre du programme Short Cuts Canada. Ce sont : Les jours de Maxime Giroux et La Tête Haute d’Ivan Grbovic ; des courts métrages de fiction réalisés par deux jeunes réalisateurs qui ont fait leurs premières armes dans le vidéoclip.

C’est aussi le cas de Paul Barbeau qui a fondé NúFilms il y a six ans maintenant, et dont la boîte jouit aujourd’hui d’une réputation enviable dans le milieu du vidéoclip au Québec. Elle a en effet plus de 400 vidéoclips à son catalogue. « On a une très forte présence dans le vidéoclip. Pour nous, c’est un outil idéal pour développer ses compétences et apprendre les rouages du métier. On apprend à gérer un budget, à trouver du financement, etc. On apprend ainsi toutes les facettes du métier », explique Paul Barbeau. Parce que pour lui, l’objectif a toujours été de faire des films. « J’estime que NúFilms est une belle boîte de production pour développer de nouveaux talents. Maxime Giroux, par exemple, a débuté avec nous. Il a fait de nombreux vidéoclips avant de se lancer dans le cinéma. J’aime penser que l’on est un peu comme des Robin des Bois. On fait de l’argent avec les vidéoclips ; et avec cet argent, on le redonne aux réalisateurs pour leur permettre de faire leur premier film ! »

Des débuts prometteurs en fiction

Si NúFilms n’a plus rien à prouver dans la production de vidéoclips, c’est différent avec la production cinématographique. Les débuts sont cependant prometteurs. Prenons le cas de Maxime Giroux. Il a réalisé de nombreux vidéoclips chez NúFilms dont ceux de Dumas, Sam Roberts, Pilate et Corneille. Son travail de réalisateur a été récompensé à de nombreuses reprises, que ce soit à l’ADISQ, aux MuchMusic Awards ou encore aux NRJ Music Awards en France. C’est cette expertise, justement, qui lui a permis de toucher au court métrage de fiction.

Maxime Giroux a ainsi réalisé un premier court métrage en 2001 (Projet 3), mais c’est avec Paul Barbeau qu’il poursuit dans cette direction avec Le Rouge au sol, qui a été présenté dans plusieurs festivals. « On était ici, à Toronto, l’an dernier pour présenter son film », se rappelle Paul Barbeau. Le Rouge au Sol a connu depuis une belle carrière cette année. Il a été présenté dans des festivals renommés comme le Festival de Clermont-Ferrand et le Sundance Film Festival. Il s’est retrouvé en nomination à la dernière soirée des Jutra dans la catégorie « meilleur court/moyen métrage ». Le Rouge au Sol a été finalement primé au Festival de Melbourne et au World Wide Short Film Festival à Toronto. D’ailleurs, Maxime Giroux s’est vu décerner le prix du meilleur réalisateur émergent à ce Canadian World Wide Short Film Festival. Une carrière qui s’annonce donc florissante pour le réalisateur, et une source de grande fierté pour son producteur qui reçoit de très bons commentaires depuis la première, samedi dernier à Toronto, du nouveau court de Maxime Giroux, Les Jours.

En attendant le long métrage

Les Jours raconte l’histoire d’un père qui vit difficilement la perte de sa fille, tué par un ours. Sa douleur finira par l’amener à se venger. Ce court métrage de 23 minutes a été tourné en 35 mm au mois de mars dernier à St-Sauveur, et met en vedette Gildor Roy. Un film de 40 000 $, financé à même les poches du réalisateur et du producteur, avec un coup de main du Conseil des Arts pour la postproduction.

« Il y a des producteurs de New York, ceux qui ont produit le film Little Miss Sunshine, qui veulent nous rencontrer », confie avec enthousiasme le producteur. « Le court métrage nous aide à créer des liens, à solidifier des contacts. Si on a des producteurs intéressés par ce que fait Maxime Giroux, par exemple, une association avec eux pourrait nous permettre d’aller chercher le financement nécessaire pour le prochain projet de Maxime ! » C’est ce qu’espère Paul Barbeau qui travaille actuellement avec Maxime Giroux sur son premier long métrage, Sophie.

« Le film est prêt à être tourné ; il ne manque qu’une partie du financement. On a reçu de l’argent de Téléfilm, et l’on espère avoir une subvention de la SODEC. La SODEC a refusé de nous financer à deux reprises, on espère que cette fois-ci sera la bonne. En plus, on négocie actuellement avec un distributeur. Il nous manque 500 000$. On a déjà 700 000$, pour un budget total estimé à 1,2 M$. »

L’histoire de Sophie, scénarisé par Alexandre Laferrière, est celle d’une jeune femme dans la vingtaine qui s’occupe de son père diabétique et qui vit des problèmes de dépendance envers les hommes. Gildor Roy fera partie de la distribution. « C’est un film d’auteur », nous explique Paul Barbeau. « Autant Maxime fait des clips très commerciaux, très « trendy », autant il fait des films d’auteur qui n’ont rien à voir avec les vidéoclips qu’il réalise. Je sais que c’est un risque que de faire du cinéma d’auteur. Je ne dis pas que je ne ferai jamais de films commerciaux ; mais avant tout, je dois être inspiré par ce que le réalisateur me propose. Si le réalisateur me présente un bon scénario, avec un bon traitement, alors je vais mettre toutes mes énergies dans son projet. Une même vision artistique est essentielle ».

Le premier film d’Ivan Grbovic

Paul Barbeau est également très fier du premier film d’Ivan Grbovic, La Tête Haute. Ce court métrage raconte la fin d’une relation amoureuse, et la démarche d’un homme qui doit faire face à cette réalité. « Ivan a réalisé plusieurs clips pour NúFilms. Lui aussi est un réalisateur de la relève avec beaucoup de talent. Et puis, il est jeune, il n’a que 26 ans ».

Le talent d’Ivan Grbovic a amené celui-ci en France, où il travaille actuellement sur le vidéoclip de Diam, la rappeuse de l’heure en France. NúFilms a, de toute apparence, le vent dans les voiles, et en attendant de futures nominations aux Jutra, la jeune boîte de production recevra peut-être à nouveau cette année le Félix de la « Maison de Production de vidéoclips de l’année » ? Comme l’an dernier, on a appris hier que NúFilms était en nomination dans cette catégorie.

Patricia Tadros

17 septembre 2006